journal item: Daniel Canty, Mademoiselle Manivelle – 1. Le pays de l’eau (extrait)

Daniel Canty, Mademoiselle Manivelle – 1. Le pays de l’eau (extrait)

Old Port, Montreal, QC, Canada

« Les pavillons du Cinéma des eaux s’élèvent sur le site de la deuxième écluse. Dans le basalte du seuil est inscrite sa devise.

Nothing but light and stories.

Que de la lumière et des histoires.

Deux volumes asymétriques, où se mélangent l’acier, le ciment brossé et le verre translucide, se jettent au-dessus du canal en un arc au galbe organique. Une longue passerelle permet de rejoindre l’îlot central, qui sépare les voies contraires de l’écluse : bleue pour ce qui flotte vers l’océan, rouge pour ce qui s’en détourne. L’inspectrice Manivelle, que préoccupe ce genre de choses, ne manque jamais de penser que ce sont les couleurs mêmes qui, dans l’œil des radiotélescopes, indiquent si les objets astronomiques s’éloignent (en bleu) ou s’ils s’approchent (en rouge). Deux couleurs pour nous dire si l’univers, oui, continue de se dilater, ou aurait commencé à se contracter, non! en un point final, où nous disparaîtrons tous. Le canal, comme tous les cours d’eau, porte en lui une image naïve du temps. On pourrait en dire autant de l’art cinématographique, qui a, encore et toujours, trouvé le moyen de survivre à l’annonce de sa mort. La signalétique du canal s’accorde d’ailleurs à merveille avec la programmation du Cinéma des eaux. Rive gauche, on présente des films du siècle dernier, dans des copies argentiques restaurées, alors que la salle de droite est réservée aux images du présent. »